De retour dans ma petite vie, dans ma petite ville… après le Congrès et avoir retrouvé la France et des français, après le tremblement de terre, après avoir vu Kyoto, Osaka et Kobe, et aussi après avoir entendu parler de l’identité nationale jusqu’ici…
J’ai très peu parlé français au cours de mon séjour, mais il n’y a pas un jour où j’oublie que je suis française, soit parce que l’on m’en parle, soit bien sûr parce que j’y pense… ça doit être ça mon identité nationale…
Petit portrait du français à travers les yeux de différentes rencontres. En France, on est élégant, on sent bon, on mange des fourmis et des cuisses de grenouille, on a vendu des armes à l'Inde et fait des essais nucléaires, on est fier de notre langue et on ne parle pas anglais car on ne veut pas, mais notre langue est très jolie et romantique (ex : « j’te kiffe grav’ »), on a plus de 300 fromages (babybel et kiri compris), et on boit du vin comme du thé vert (c'est-à-dire tout le temps), on parle japonais avec l'accent français sans aspirer les "h" (mais c’est très mignon bien sûr !), lorsqu’il fait -2°C on me demande si je suis contente, si c’est assez froid pour moi, j'ai des chouettes habits (Camaïeu, La halle, de la haute couture quoi…), les japonais nous pensent gentils et polis, les autres nous connaissent mieux. Et je suis toujours gênée quand un copain gaijin me dit « Bonjour ! Comment ça va ? » en français alors que je ne suis pas capable de lui répondre en tagalog, en arabe ou en kiswahili…
Dans 16 jours je m’arrache. Je n’ai jamais employé ce mot en le pensant à vrai dire. Le 28 il va vraiment falloir que je m’arrache (… sûrement encore à vif en arrivant le 29…) Comment c’est possible de s’attacher tellement dans un pays si différent...
Je le sais en fait : j’ai été tellement bien accueillie ici, ça n’a jamais été difficile pour moi d’être une étrangère. Et puis il y a aussi cette équipe internationale pleine d’affection, de sourires et de solidarité: peut-être parce que les familles de chacun sont loin, peut-être parce qu’on est tous étudiants, peut-être parce qu’on nous donne tous une carte d’alien ici, peut-être parce qu’on ne veut pas être seul… les vraies raisons de ces moments exceptionnels, je ne les connais pas mais je profite à fond de cette gentillesse, de ces rires et cette chaleur.
Et quand on dédicace le planisphère, on ne se marche pas dessus, on ne risque pas, nés tellement loin les uns des autres… avec nos couleurs de peaux, nos religions, nos coutumes, nos petit-déj’ différents et pourtant… quelles différences ?
J’ai dans ma famille de Nagasaki les gens les plus impressionnants que je n’ai jamais rencontrés. Mes potes charismatiques qui acceptent mes conneries et aussi parfois mes réactions de fille venant d’un pays développé, une Western girl venue de quelque part où l’on voit le plus souvent des bouteilles à moitié vides (même si c’est bon signe qu’elles soient débouchées), où on regarde les choses et le monde de haut (même si, pour notre défense, ces traits seraient assez communs aux Européens). Petite occidentale, dans mon école, il y avait un toit et je n’étais pas assise par terre car il y avait des chaises, on avait des bureaux avec un casier même, une trousse remplie même et tellement de choses. Le matin pour y aller, il y avait un bus dans lequel il y avait parfois des gens bizarres, mais je n’ai jamais eu besoin de faire 10 km à pied pour y aller. Je n’ai jamais lu Jean-Jacques Rousseau à la bougie non plus… Ai-je lu Jean-Jacques Rousseau d’ailleurs ? Certainement parce que c’était au programme du bac… Après l’école, dans le lotissement, on n’a jamais choisi notre terrain de jeux en fonction de l’endroit où il y avait le moins de mines, je n’ai pas non plus vécu avec la guerre autour de moi ou avec l’angoisse de l’attentat hebdomadaire. Je suis au Japon pour ma formation et aussi mon « épanouissement personnel » mais pas parce que je dois nourrir mes enfants que j’ai laissés très loin pour très longtemps. Je n’ai pas suivi mes études sur un long fleuve tranquille avant d’atterrir ici mais lorsque j’ai posé ma candidature dans mon pays, j’ose espérer que la sélection était juste, mais ce qui est sûr c’est qu’il n'y avait pas 100 000 demandes pour 2 places… Et comment décrire en quelques lignes à quel point je suis honorée d’être leur amie…
Alors on ne peut pas se voiler la face, il y a un sacré décalage à la base, venus de nos mondes différents… mais au final il se trouve qu’on a seulement l’envie urgente de se voir tous très vite et de passer de bons moments ensemble, dès que le rythme de folie local le permet.
Du coup, parce que c’est ce qui m’aura le plus marqué au cours de mon séjour ici, et parce que je ne sais pas quoi répondre parfois quand ils me demandent comment ils seraient accueillis dans mon pays, c’est mon identité internationale que je voudrais revendiquer.
Pour quelqu’un qui a écrit dans l’encadré de gauche « tribulations nippones d’une bretonne », il y pourrait y avoir comme du contradictoire… Pas d’accord, plus je côtoie des différences, plus je me sens chanceuse et riche (même si avec cette phrase on pourrait croire que je me suis saoulée à l’eau bénite) alors vive les spécialités régionales qui valent surtout le coup quand on les partage et les échange ! Les binious et les neundes qui réveillonnent ensemble, ça promet de si jolis moments !
Alors, pour en revenir à ces échos venus de France…
mon identité nationale…
comment dire…
en restant polie…
c’est de l’administration (et voilà… j’ai dérapé, j’ai dit un gros mot…)
Ils ont dit...